Se préparer au monde de demain

Maintenant que la panique ambiante semble se tasser et que les perspectives semblent plus claires, nous souhaitons vous exposer la façon dont nous avons abordé nos investissements durant cette période.

Que les choses à venir ne te tourmentent pas.
Tu les affronteras, s’il le faut, muni de la même raison dont maintenant tu te sers dans les choses présentes.

Marc Aurèle

Pour être honnête, nous en discutions dès les premières alertes venues de Chine mais pourtant nous avons totalement sous-estimé l’impact que ce virus pourrait provoquer. À aucun moment, nous aurions pu penser que ce monde hyper connecté se mette à l’arrêt de sa propre initiative pour bloquer la propagation d’un virus au taux de mortalité à priori relativement faible, d’après les chiffres officiels. Surement leurrés par des années où des tensions se succédaient (Guerre commerciale, Corée du Nord, Iran…) alimentant les discussions et grands titres des médias, mais où un simple tweet du président américain relançait la machine. Ainsi, nous nous étions inconsciemment habitués à l’idée que cet événement serait l’occasion de nouvelles stimulations monétaires profitant aux marchés actions.

Nous n’avions pas anticipé que cette fois-ci, c’était différent, et que loin d’être un ‘Black Swan’ il s’agissait d’un événement prévisible et un vrai danger gravitant dans notre monde actuel. Ce qui est cependant l’événement difficilement imaginable est la réaction des chefs de gouvernements occidentaux : manque d’anticipation puis précipitation et panique. Le monde s’arrête, les bourses s’effondrent.

Nous avons alors avancé en essayant de garder raison avec les informations que nous possédions. Lors du confinement de la Chine, nous avons essayé de vérifier si nos entreprises étaient impactées par l’arrêt de sa production. Claranova, ne semblait en aucun cas impacté, n’ayant aucun fournisseur ni activité directe en Chine, et Miliboo nous rassure très vite en précisant qu’elle possède suffisamment de stock et qu’elle ne dépend pas uniquement de producteurs Chinois pour assurer la continuité de ses activités. Nous voilà rassurés, nos deux principales convictions semblent alors armées pour passer cette crise. Pourtant, le marché n’est pas de cet avis et une première baisse les emporte comme l’ensemble de la place française.

Ensuite, vient le temps de la propagation du virus et des mesures de confinement en Europe : Italie, Espagne, France. Panique. Les marchés s’effondrent jour après jour. Tout le monde vend. Tout est vendu. Solide ou fragile, même sort pour tous… Même l’or baisse, c’est pour dire.
Il s’agit alors de garder la tête froide. On ne peut pas revenir en arrière, la seule chose à faire est de se focaliser sur la meilleure décision à prendre au moment présent, rationnellement. Acheter, vendre ou bien ne rien toucher ? Nous prenons un instant et nous analysons la situation précise pour nos entreprises. Et après réflexion, bien qu’une partie de l’économie soit à l’arrêt pour de nombreuses semaines, certaines activités continuent de tourner et sont capables de profiter du contexte pour récupérer ce que les géants d’hier ne sont plus capable d’offrir. Le capitalisme est fait pour se renouveler. Une crise engendre des chutes impressionnantes, mais prépare le terrain pour les entreprises adaptées au monde de demain.

Nous vous proposons d’analyser nos deux principales convictions face à cette crise et ce nouveau paradigme :


1/ Claranova

Le groupe Claranova semble bien positionné stratégiquement pour passer cette crise. Le pôle internet sera certainement celui qui sera le moins impacté par cet épisode. Les activités sont dématérialisées, les collaborateurs peuvent facilement passer en télétravail et les clients ne vont pas arrêter d’utiliser des antivirus (ca serait le comble!), des fichiers PDF, etc … Bien au contraire, cette crise va faire accroître le trafic internet global. Le confinement va accroître le télétravail, ce qui amènera les entreprises à se tourner vers des solutions online (ex : sodapdf), et une augmentation du trafic de loisir (ce qui profitera également au pôle mobile). Aucune raison, pour nous, de réduire notre valorisation de ce pôle.

Concernant le pôle mobile, nous considérons que tant qu’il n’y a pas de mesures bloquant la production/livraison de biens « non-essentiels », il y a très peu de risque d’effondrement sur ce segment. Bien au contraire, une fois la période de panique passée, les consommateurs commenceront à vouloir user de ce temps libre et se retourneront principalement vers leurs smartphones. L’occasion de trier et d’imprimer ses photos accumulées durant l’année n’en sera que trop belle. Comme pour le pôle internet et dans ces conditions, nous ne voyons pas de raison d’infliger un malus sur la valorisation de ce pôle. Il est probable que la croissance du CA ralentisse à court terme, mais avec une bonne gestion des investissements marketing, la rentabilité et la pérennité du modèle ne devraient pas être remis en cause.

Les relevés de données nous indiquent : une croissance du nombre de téléchargements estimés des application Freeprints cards de 18% entre le 1er février et le 15 mars (soit +158% en annualisé) et une croissance de 7% pour l’application PhotoTiles sur la même période (soit +59% annualisé). Concernant Freeprints Italie, nous constatons une croissance de 22% entre mi-octobre et mi-mars (soit 52% annualisé). Nous surveillerons l’ensemble de ces données durant la période de confinement, mais pour l’instant aucun signe de baisse du nombre de téléchargements des applications.

Le développement de l’IOT au Etats-Unis sera surement impacté à court terme, mais la part de cette activité dans le bilan de Claranova étant autour d’1%, nous ne sommes pas inquiet. Ensuite, à moyen terme, cette crise pourrait même être un catalyseur pour pousser la généralisation de l’utilisation de cette technologie (contrôle à distance, limiter les déplacements humains, réduire les interactions, …). La Chine a d’ailleurs placé en priorité de son plan de relance le déploiement des infrastructures nécessaires à la 5G.

Nous restons donc confiant dans notre valorisation de cette entreprise et avons regardé son cours chuter vers les 3€/actions sans vraiment trembler (redoutant seulement une renégociation de l’offre de rachat du pôle internet au pire moment). Nous avons conservé nos actions durant cette période, et n’avons pas l’intention de vendre, d’autant plus pour une valorisation de ce niveau. Notre horizon d’investissement reste orienté vers les 4/5 prochaines années.


2/ Miliboo

Le constat est similaire pour Miliboo. Après s’être assuré qu’il n’y aurait pas de problème insurmontable d’approvisionnement, nous nous sommes intéressés à la demande. Nous avons alors rapidement constaté que, bien que l’ensemble des établissement accueillant du public fermaient pour plusieurs semaines, le commerce en ligne lui continuait de tourner à plein régime. Amazon de son coté, annonce même devoir recruter de nombreux intérimaires pour faire face à la hausse de la demande.

Source : Miliboo.com

De son coté, Miliboo s’adapte rapidement et propose un service de livraison adapté sans contact. La fermeture des deux magasins à Lyon et Paris, de son coté, aura un impact limité sur le chiffre d’affaire du groupe. Depuis, le début de cette crise nous suivons donc le trafic du site internet de Miliboo, son principal canal de vente. Et comme pour Amazon, il semble que cette période de confinement emmène avec elle une forte augmentation du trafic. Tout d’abord les gens, chez eux, passe plus de temps devant le TV, ils ont donc plus de chance de tomber sur la pub M6/Miliboo. Ensuite, le fait de passer beaucoup plus de temps à domicile peut amener un bon nombre de personnes à souhaiter revoir son intérieur, acheter un bureau pour le télétravail, ou un nouveau fauteuil…

La fermeture des magasins physiques permet d’offrir un monopole aux sites de vente en ligne, alors qu’ils ne présentaient, par exemple, que 12% des ventes globales de mobilier auparavant. Ce ne sera pas éternel, mais cela permet d’acquérir des clients qui auraient été difficilement atteignables dans un autre contexte, mais aussi de continuer à faire tourner l’entreprise comme, et potentiellement mieux, qu’avant. Quand les enseignes de magasins physique vont ressortir avec moins de clients fidèles, plus de stocks à liquider, des frais financiers à supporter et une fréquentation qui mettra probablement encore plusieurs mois à revenir à des niveaux normaux dus à la peur des lieux fermés. Miliboo.com est donc parfaitement placé pour profiter de cette situation.

Nous constatons un hausse très importante du trafic organique, depuis le confinement vers le site français, quand dans le même temps le trafic payant est devenu quasi nul. De par nos recherches, il semblerait que l’entreprise se concentre sur la génération de trafic liée à la campagne de pub du groupe M6, et qu’elle ait coupé les référencements Google (Miliboo.com n’apparaît plus dans les premiers pour la majorité des mots-clés). En se concentrant là-dessus, elle arrive à croître fortement son trafic organique alors que la saisonnalité de son business voudrait un ralentissement. Si notre approche est bonne, Miliboo.com devrait encore fournir une croissance solide dans ce contexte, grossir sa base clients et potentiellement améliorer fortement sa rentabilité si elle a en effet réduit ses dépenses marketing.

C’est triste à dire, mais plus la situation reste dans l’état actuel, plus Miliboo est gagnant. Sa campagne de pub M6, déjà très performante depuis le lancement, est d’autant plus impactante quand les concurrents sont à l’arrêt. Miliboo a l’occasion de réellement changer de dimension. Seul un arrêt complet des activités non-essentielles lui serait problématique.


Conclusion :

Only when the tide goes out do you discover who’s been swimming naked.

Warren Buffett

Cet événement est un test grandeur nature pour chaque investisseur. La société et les comportements de tous ne seront plus les mêmes qu’hier. Les entreprises sont bouleversées comme elles ne l’ont pas été depuis des dizaines d’années et il en ressortira des gagnants et des perdants. De notre côté, nous nous confortons à notre approche et notre méthode. Dans le calme et la raison, loin de la panique ambiante. Au fond, si nous investissons, c’est pour vivre ces moments : se tester et progresser. Alors les données sont les derniers points de repère non biaisés dans ce contexte.

Nous cherchons des entreprises présentant un prix raisonnable par rapport à leurs qualités et pour lesquelles une tendance positive est détectable. Nous tentons d’éviter les rumeurs pour nous concentrer sur la récolte de données tangibles et ainsi saisir les opportunités lorsqu’elles se présentent.

Notre approche

Nous sommes actionnaires de Claranova et de Miliboo car elles nous semblaient présenter un prix raisonnable par rapport à leurs fondamentaux, dynamiques et perspectives. Après ces événements nous nous sommes éloignés des bruits de la bourse pour nous concentrer sur les données récoltées et réfléchir aux nouveaux paradigmes de long terme. Aucune information ne nous laisse penser que la valeur de ces entreprises est dégradée par les événements actuels, au contraire, elles semblent en profiter pleinement. Nous sommes toujours actionnaires de ces deux entreprises et pensons qu’elles sortiront renforcées de cette crise, chacune dans son domaine.
Vendre ou acheter ? Nous décidons de garder. L’inaction est parfois la meilleure des décisions, mais aussi la plus difficile.


Point sur Maison Du Monde

Nous étions sortis de notre position avant ces événements. Mais si nous l’avions encore en portefeuille, il serait probable que nous réfléchirions à en sortir. En effet, les fondamentaux de l’entreprise sont clairement endommagés par les mesures prises par les divers gouvernements : dépendance supérieure à son secteur à l’importation provenant de Chine, réseau de magasins très important dans les pays en confinement, offre de produit très orientée cadeaux et donc lié à des rassemblements… Et bien que l’entreprise annonce faire 25% de son chiffre d’affaires online, nous avons appris récemment que la moitié de ce chiffre est liée à des commandes faites en magasin. Les magasins pourraient en outre subir de longs mois après la fin du confinement une image négative liée aux lieux fermés.
Le prix peut paraître attractif et l’entreprise est assez solide financièrement pour passer cette période, mais, bien que le rebond puisse être puissant, nous préférons nous orienter vers des entreprises profitants de cette situation pour améliorer leurs fondamentaux et se présenter comme des acteurs en phase avec le monde de demain.


Note 1 : A la date de publication de l’article, nous sommes actionnaires de Claranova et Miliboo. Nous ne sommes pas actionnaires de Maisons Du Monde

Note 2 : Cette analyse n’est en aucun cas une recommandation ou un conseil boursier. Nous présentons ici nos recherches et nous expliquons notre démarche, mais cela n’est en aucun cas une incitation à nous suivre. Cet article ne représente que notre avis personnel et ne constitue en aucun cas un conseil d’achat ou de vente. Nous vous recommandons de faire votre propre analyse.

2 réflexions sur “Se préparer au monde de demain

  1. Pingback: Mr Bricolage – En confinement, les français se mettent aux travaux ! | Totem Analyse

  2. Pingback: Suivi Miliboo – Datas T4 | Totem Analyse

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