Agrify Corp. – The future of growth

1. Présentation

Agrify Corp. (NASDAQ: AGFY) est un développeur de solutions de culture haut de gamme pour le marché de l’agriculture en intérieur. Ils utilisent les données, la science et la technologie pour permettre à leurs clients d’être plus efficaces, plus productifs et plus intelligents sur la façon dont ils gèrent leurs entreprises. Agrify propose des solutions matérielles et logicielles hautement avancées et exclusives, qui ont été conçues dans le but d’aider ses clients à atteindre la plus haute qualité, régularité et rendement, au coût le plus bas possible.

Pour y arriver, ils souhaitent autonomiser une génération de cultivateurs modernes qui souhaitent faire évoluer la production végétale afin de répondre aux besoins futurs du marché. 

«Avec la technologie comme épine dorsale et la science dans notre ADN, nous aspirons à soutenir les horticulteurs du monde entier avec nos solutions révolutionnaires d’agriculture en intérieur.»

Raymond Chang

Le monde du cannabis, qu’il soit récréationnel ou médicinal, est en plein bouleversement. Les attitudes changent, les réglementations se relâchent. Et la course est lancée (au moins en amérique du nord) pour produire du cannabis de haute qualité à grande échelle.

La clé est désormais de cultiver des plantes avec la répétabilité de tout autre produit de consommation, afin de renforcer l’image de marque et inciter les clients à revenir à chaque fois. Agrify se revendique comme le pionnier dans cette nouvelle démarche. En effet, un point important que soulèvent les marques installées dans ce secteur est le fait qu’un acheteur revient généralement deux fois, mais plus rarement trois fois. Elles expliquent cela par le fait que la plante de cannabis est tellement complexe, qu’il est impossible de reproduire un même développement de la plante et donc des fleurs, dans le cadre d’une agriculture classique. De trop nombreux facteurs extérieurs viennent faire varier le résultat final (humidité, exposition au soleil à un instant différent du cycle, chaleur, taux de CO2, …). Il leur est donc compliqué de garantir la même expérience à leurs clients et donc à les fidéliser. Le CEO, Raymond Chang, avance le terme de “pespifiyng” de l’industrie du cannabis. Lorsque vous ouvrez une canette de Pepsi à Paris ou à New York, vous vous attendez à obtenir la même saveur, la même sensation. Agrify, souhaite offrir cette même reproductibilité et constance à ses clients producteurs.

2. CEO – Raymond Chang

Avant d’aller plus loin dans l’analyse d’Agrify, penchons nous sur le profil particulier du CEO. Raymond Chang est un serial-entrepreneur et le directeur général de NXT Ventures, un fonds d’investissement basé à Boston. Il est également conférencier sur l’entrepreneuriat à la Yale School of Management.

Il a obtenu son MBA à Yale et son master degree en administration public à la Harvard JFK School of Government. Il a fondé GigaMedia, la première société de réseau offrant de l’internet haut débit en Asie. En 1999, GigaMedia a reçu un investissement de 35 millions$ de la part de Microsoft, et en 2000, la société est entrée en bourse sur le NASDAQ et a levé 280 millions$, l’une des plus importantes introductions en bourse pour une société Internet à cette époque. En 2007, Raymond Chang fonde Luckypai, une société de téléachat en Chine et lève des financements auprès d’investisseurs tels que Lightspeed Venture Partners, DT Capital, Intel, Lehman Brothers et Goldman Sachs. En 2010, Luckypai est vendu à Lotte Home Shopping pour 160 millions$. De 2012 à 2013, il a occupé le poste de CEO de New Focus Auto, la plus grande société de service après-vente automobile sur les bourses de Hong Kong et de Taïwan (1 milliard $ en capitalisation boursière). En 2013, il a réalisé un investissement de 160 m$ avec CDH Capital, un des principaux fonds de capital-investissement chinois. 

En 2000, il a été sélectionné par FORTUNE comme l’un des 25 leaders mondiaux de la prochaine génération de moins de 40 ans, et par BUSINESS WEEK Asia comme l’un des 20 leaders de la nouvelle économie les plus influents d’Asie au 21e siècle. 

On se demande comment ce personnage a atterri chez Agrify en 2019, alors que l’entreprise avait un chiffre d’affaires encore quasi nul.

C’est un personnage très discret, et nous n’avons que très peu de documents ou d’interviews passées. Depuis l’IPO, il a commencé à se montrer et à participer à plusieurs interviews et podcasts, qu’on vous invite à écouter. Il possède 600 000 actions Agrify, ce qui en fait le plus grand actionnaire individuel déclaré, et nous rassure sur l’alignement de ses intérêts. 

Mais qu’a vu Raymond Chang dans Agrify, et que vient-il faire dans un marché non installé et encore illégal au niveau fédéral aux Etats-Unis?

“People talk about entrepreneurship so much that oftentimes I don’t see one definition of what a true entrepreneur really is. My personal definition of entrepreneurship is that it’s a process by which one identifies opportunities, provides leadership, and gathers resources to create greater economic and social values.”

Raymond Chang, CEO

3. Business

Le business d’Agrify est simple : proposer des solutions innovantes, basé sur la science, la technologie et la data, pour aider les producteurs – de cannabis dans un premier temps – à améliorer en parallèle, à la fois leurs rendements et leur constance. Cette approche est divisée en plusieurs business unit :

  • Les fermes verticales (VFU) et leurs équipements
  • Un software propriétaire d’aide à la culture
  • La biosécurité
  • Un service d’ingénierie 
  • Le financement de projet

Ces diverses activités de l’entreprise ont globalement vocation à être intégrées. L’entreprise n’est pas un simple revendeur de matériel, elle souhaite proposer des solutions intégrées, et contrôlable de bout en bout. Du design de la ferme urbaine, à la construction, la fourniture des éléments, la gestion de la production via son logiciel propriétaire, et même la collecte de la data issus de ces productions.

4. VFU Agrify

L’agriculture verticale est une forme d’agriculture pensée pour faciliter la production agricole en intérieur. Elle peut être mise en place dans des entrepôts, des containers, des serres ou d’autres bâtiments qui ne seraient normalement pas adaptés à l’agriculture. Elle peut être utilisée à petite échelle, dans votre garage, ou à de grandes échelles dans de véritables fermes urbaines dédiées. C’est pour cela que l’agriculture verticale peut être développée dans des espaces normalement contraints, comme les zones urbaines denses. C’est une méthode d’agriculture d’un nouveau genre, peut-être plus durable. Elle pourrait notamment, selon certaines études, nécessiter beaucoup moins d’eau (jusqu’à 95% de moins) que l’agriculture ordinaire. Elle permettrait également de gagner de l’espace (l’empreinte au sol). Selon le Vertical Farming Institute, chaque mètre carré de surface au sol consacré à l’agriculture verticale produit environ la même quantité de cultures maraîchères que 50 mètres carrés de terres agricoles exploitées de manière conventionnelle.

Les VFU (unités de fermes verticales) d’Agrify ont été spécialement conçus pour la culture du cannabis. Ces unités de cultures verticale sont empilables et intégrées avec un microclimat entièrement paramétrable. 

Chaque unité est autonome et contrôlée par le logiciel propriétaire de l’entreprise. Elles offrent un contrôle et une automatisation précise de la photopériode et de l’intensité de la lumière, de la température, de l’humidité, du CO2, de la fertilisation et de l’irrigation tout au long du cycle de vie des plantes. Ces VFU peuvent être disposées sur trois niveaux d’empilage, avec un système de passerelle intégré.

D’après l’entreprise, ces fermes verticales du groupe (VFU) génèrent environ 6 fois le rendement par mètre carré, et augmentent d’environ 29% la puissance des cannabinoïdes par rapport à une culture traditionnelle. Cette solution intégrée se veut être plus que la somme de ses composants. Chaque composant est conçu par Agrify pour créer l’unité de culture verticale la plus avancée du marché. Les unités de culture sont empilables et permettent donc de faire évoluer les cultures verticalement, éliminant complètement le besoin de racks, de salles de culture et de bancs roulants. La mise en œuvre des VFU Agrify réduit l’utilisation de l’espace, la consommation d’énergie et la gestion des ressources. 

5. Agrify Insights™ – SaaS

Agrify Insights est un logiciel de culture conçu pour optimiser les fermes verticales et la main-d’œuvre.

Le logiciel calcule le calendrier de plantation optimal et l’évolution des plantes en fonction du nombre de jours et des conditions environnementales que le cultivateur a spécifié pour chaque phase de croissance. Il permet aussi de consulter les données historiques, et propose des outils pour résoudre les problèmes qui se posent au cultivateur. Grace aux capteurs intégrés, chaque ferme verticale Agrify remonte près d’1 millions de données par an. Celles-ci sont ensuite analysées à travers le logiciel pour comprendre le cycle des plantes, corriger les futures cycles, et obtenir une certaine constante et reproductibilité dans les résultats.

6. Total Turn-Key Solution

En mars dernier, juste après le succès de son IPO,  Agrify a lancé son projet de solution Total Turn-Key, une solution client clé en main totale avec un TRI cible de 40 à 50%. Ce programme unique en son genre dans ce secteur est conçu pour offrir à des partenaires stratégiques qualifiés à la fois : le capital, l’assistance pratique, les ressources et le savoir-faire nécessaires pour établir rapidement des installations de culture de pointe qui exploitent la puissance de la solution de culture entièrement intégrée d’Agrify, comprenant ses unités d’agriculture verticale (VFU) et sa solution SaaS, Agrify Insights. 

Avec ce programme, la société a l’intention de conclure des partenariats à long terme de 10 ans avec ses clients et de leur fournir un accès rapide au financement, aux services de conception et de construction d’installations, aux équipements et logiciels de culture, aux procédures d’exploitation standard, à une formation approfondie, aux datas, ainsi que la maintenance, le support et les mises à niveau de l’équipement continus tout au long de la vie de la relation. La solution Agrify TTK se veut la première véritable solution de tout en un du secteur.

“ils sont intéressés à s’associer à Agrify, à s’engager dans un partenariat de 10 ans, car ils savent que nos intérêts sont parfaitement alignés.”

CEO Raymond Chang – Earnings Call Presentation – 18 mai 2021

La solution TTK devrait permettre à la société de sécuriser plus d’opportunités plus tôt dans le parcours client, d’accroître l’adoption de ses modules VFU et de sa technologie de base, d’accélérer ses revenus SaaS récurrents, et d’obtenir un retour sur investissement global plus élevé. Agrify vise un taux de rendement interne (TRI) de 40 à 50% pour ce programme grâce aux flux de revenus complets de la société sur 10 ans basés sur la production, ainsi qu’au remboursement des prêts à la construction et des paiements de location mensuels fixes des clients. Agrify se concentrera dans un premier temps sur la collaboration avec des clients basés dans des États.

Peu de temps après, le 12 mai, l’entreprise annonçait son premier partenariat TTK avec Bud & Mary’s Cultivation, Inc pour la fourniture de 1 200 VFU d’Agrify, pouvant générer jusqu’à 280 millions de dollars au cours des 10 prochaines années. Comme prévu, Agrify apporte à son client :

  • le financement
  • l’assistance technique
  • l’installation
  • les VFU
  • la solution logiciel Agrify Insights™

La première phase devrait inclure l’installation de 774 VFU dans une configuration à double empilement pour aider B&M à maximiser l’espace de sa canopée. Cette phase initiale devrait être achevée d’ici le premier trimestre 2022. Il est prévu une option pour 426 VFU supplémentaires installées dans les phases suivantes, ce qui porterait le total à 1200 VFU. Agrify fournira un financement senior pouvant atteindre 13,5 millions de dollars pour la construction, qui sera remboursé dans les 24 mois suivant le début de la première production commerciale à l’usine. Selon les termes de l’accord, Agrify recevra également des revenus fixes SaaS provenant de l’utilisation par B&M de son logiciel Agrify Insights. Elle facturera aussi des frais supplémentaires basés sur la production pendant une période pouvant aller jusqu’à 10 ans. En supposant l’achèvement des 1 200 VFU maximum installés à pleine capacité, Agrify prévoit qu’elle pourrait générer plus de 28 millions de dollars de revenus par an grâce à ce partenariat.

“L’intérêt pour notre solution TTK a été extrêmement élevé. Et bien que nous n’ayons alloué qu’un capital initial de 50 millions de dollars à ce programme, nous constatons un intérêt de 7x à 8x ce niveau. Cela nous permet d’être incroyablement sélectifs avec un processus de vérification rigoureux pour faire de notre mieux pour nous assurer de sélectionner des partenaires qualifiés à long terme.

CEO Raymond Chang – Earnings Call Presentation – 18 mai 2021

On comprend ici l’objectif ambitieux de ce modèle intégré :

  • Revenus financiers lié au remboursement du prêt sur les deux premières années
  • Fourniture des fermes verticales, des éclairages, des capteurs, …
  • Revenus SaaS du logiciel de culture pendant 10ans
  • Revenus SaaS, basée sur le rendement de la production et l’accompagnement technique et scientifique pendant 10ans

Récemment, le groupe a indiqué avoir augmenté les revenus récurrents (SaaS) annuels de ses premiers clients de 1,2 m$ à plus de 10 m$ (logiciel et rendement de production). Cela représente une augmentation de plus de 800% de la valeur à vie de ces clients. 

7. Finances

Fin janvier, Agrify procède à son IPO et lève 54m$, en créant 5 400 000 d’actions au prix de 10$. Moins d’un mois plus tard, suite au succès de l’IPO et de la montée du cours de l’action, l’entreprise annonce une nouvelle émission de 5 555 555 actions à un prix de 13,5$ pour un montant d’environ 75m$. Au 29 mars 2021, Agrify avait une trésorerie d’environ 139m$.

Au 31 décembre 2020, l’entreprise comptait environ 20m$ de dettes et d’obligations, à échéance très courte (inférieure à un an).Toutes les obligations en circulation ont été convertis en un total de 1 697 075 actions le 1er février 2021, date de clôture de l’IPO, laissant l’entreprise quasiment sans dette. L’entreprise a donc un bilan solide, avec plus de 130m$ de trésorerie nette.

On commence à se rendre compte de la particularité de cette analyse. Agrify, le 13 mai dernier à 6,92$, et 140m$ de capitalisation, cotait donc environ à son niveau de cash, valorisant le business à quasiment zéro. Un business qui ne faisait, certes, que 12m$ en 2020, mais en fort développement avec un Q1 à +600% de croissance du chiffre d’affaires (7m$). L’entreprise s’est même permis de relever son objectif annuel à 48-50m$. 

En rentrant dessus légèrement au dessus de ce cours (vers 7,5$/action), nous ne payons que quelques millions d’euros pour le business d’Agrify, car le marché nous offre la possibilité de payer 30% plus bas que l’IPO et 70% plus bas que la seconde levée de fond, quelques semaines plus tôt. Nous avons l’impression de vraiment mettre en valeur l’expression chère à notre ami Warren Buffet: ”Buy the dollar for 50 cents”

Une opportunité offerte par le marché, ou un piège vicieux ? 

8. Projections

Le backlog continue lui aussi de grossir, annoncé à 82m$ à la fin du Q1. Lors de la conférence call du Q1, Raymond Chang a précisé que la majorité de ces 82m$ seront réalisés sur les 12 prochains mois. En se projetant un peu, on peut donc tenter de répartir ce backlog sur les prochains trimestres. Sur les 82m$, environ 42m$ devront être réalisés sur les Q2, Q3 et Q4 pour satisfaire la guidance de 48-50m$. Il restera alors 40m$ à réaliser sur le Q1 et le Q2 2022, sans nouvelle commande ou contrat signé d’ici là. A ce rythme, on pourrait avoir une entreprise qui réalise très rapidement 100m$ de chiffre d’affaires annuel.

La croissance semble donc plus qu’amorcée, et le groupe a désormais de la réserve de croissance jusqu’au milieu de l’année prochaine, minimum. L’entreprise a donc plus d’un an devant elle afin de chercher de nouveaux contrats et partenariats, notamment dans sa solution tout en un TTK. L’objectif est ici clairement de faire grossir au maximum la base installée de fermes verticales afin de faire grossir les revenus SaaS du logiciel et les revenus liés au rendement dans le cas des partenariats TTK. Ces revenus à fortes marges commenceront à rentrer fortement à partir de 2022, une fois les plus gros projets terminés, et devraient provoquer un basculement dans la rentabilité du groupe. 

“Notre activité consiste à construire la plus grande base installée possible, et le modèle TTK nous permet de travailler avec les meilleurs partenaires, d’aligner nos intérêts, de sécuriser et d’accélérer les revenus récurrents SaaS à long terme et à marge élevée.”

CEO Raymond Chang – Earnings Call Presentation – 18 mai 2021

“Nous pensons donc qu’en 2022 et au-delà, nous allons assister à une accélération du SaaS récurrent à marge élevée. Et cela va fondamentalement modifier considérablement nos marges à long terme. Dans cette industrie, il y a toujours une sorte d’avance de 6 à 9 mois le temps de construire les installations. Et c’est là où nous nous concentrons aujourd’hui. Mais à partir de 2022, nous allons assister à un virage très passionnant vers les revenus récurrents à marge élevée.”

CEO Raymond Chang – Earnings Call Presentation – 18 mai 2021

Avec cette vision en tête, on comprend ici la particularité du modèle d’Agrify, et la raison de notre intérêt. L’entreprise tente d’installer le maximum de ses fermes verticales, à faible marge, dans le but de faire grossir sa base installée et maximiser ses revenus futures SaaS à forte marge.

Grâce aux éléments données dans les dernières publications de l’entreprise, et notamment sur ces derniers contrats, nous arrivons à estimer des ratios de coût moyen de ses VFU et de facturation moyenne du logiciel Agrify insight par unité.

Cela nous permet d’estimer que d’ici le Q2 2022, la base installée totale sera d’environ 4500 VFU (hors nouveaux contrats, et en comptant tout le backlog actuel). Ces 4500 VFU installées pourraient permettre de générer 16m$ annuel de revenus SaaS sur le logiciel. Et chaque nouveau contrat d’installation signé d’ici la augmentera les revenus SaaS futurs.

En parallèle, Agrify a indiqué se limiter dans un premier temps à 50m d’investissements dans ses projets TTK, ce qui devrait correspondre à environ 3 projets du type de celui de B&M. Cela permettra de déclencher les revenus SaaS basés sur les rendements de la production à partir de fin 2022-début 2023, pour un montant qui pourrait s’estimer à 66m annuel maximum à terme (3x22m$/an).

Ici repose l’enjeux de cet investissement. Chaque nouvelle ferme verticale installée rapportera des revenus SaaS pendant 10 ans, et chacun de ces revenus venant s’accumuler au fur et à mesure que la base installée grossit. Ainsi on remarque sur notre graphique précédent, que même sans nouveau contrat de fourniture, Agrify génèrera des revenus à forte marge dès 2023. Bien entendu, nous attendons la signature de nouveaux contrats durant les prochains quarter afin de faire grossir cette base installée. 

C’est un peu comme le modèle Apple (la marge sur les iphones en moins), plus vous vendez d’appareil, plus vous convertissez de clients dans votre écosystème fermé, et plus vous garantissez des revenus récurrents à long terme et à forte marge. 

On remarque donc que 2022 est certainement l’année pivot, qui marquera le début du basculement vers de forts revenus SaaS. Dès 2023, il est également possible que les revenus SaaS dépassent les revenus de fourniture de matériel, ouvrant la voie à une rentabilité bien meilleure, voire très forte si tout se passe bien.

Symbole de cette montée en puissance, lors du Q1 Agrify a pris la décision stratégique de sous traité à un prestataire industrielle la fabrication de ses VFU jusqu’à présent fabriqués en interne. L’industriel, MACK, possède 11 usines en amérique du nord et à la capacité de produire pour l’instant 3800 unités par an, avec capacité d’extension sur demande. Ces 3800 unités représenteraient un potentiel de chiffre d’affaires annuel estimé par nos soins à 76m€ et des revenus supplémentaires SaaS du logiciel induit de 13m$/an et des revenus basés sur le rendement de production des fermes verticales de 57m$/an. Ces chiffres ne sont que des extrapolations de notre part, qui servent principalement à montrer la stratégie et la voie vers laquelle se dirige l’entreprise.

9. Marché et évolution de la légalisation

La légalisation de la marijuana accélère ces derniers mois aux États-Unis. Depuis 2012, 16 États ont légalisé la marijuana pour les adultes de plus de 21 ans. D’un autre côté, 37 états ont légalisé la marijuana médicinale. On a donc aujourd’hui, une majorité d’Américains qui ont accès à la marijuana, que ce soit à des fins médicales ou récréatives.

Très récemment, le Nouveau-Mexique a signé le projet de loi en avril pour permettre aux résidents de l’État de cultiver et posséder de la marijuana dès le 29 juin. La Virginie a légalisé le cannabis en avril dernier, même si les ventes ne commenceront pas avant 2024. Le gouverneur de New York, Andrew Cuomo, a signé un projet de loi légalisant la marijuana le 31 mars. Décision qui intervient juste après celle du gouverneur du New Jersey, Phil Murphy, de légaliser officiellement la marijuana dans son état.

source : https://www.businessinsider.com/legal-marijuana-states-2018-1?IR=T

Cette tendance, du côté de la légalisation, se retrouve forcément dans les projections de la fameuse T.A.M. (Le marché adressable total). Dans sa présentation aux investisseurs du Q1 2021, Verano Holdings Corp, un opérateur de cannabis multi-états de premier plan, présent dans 14 États, nous présente une projection intéressante du marché médical et récréatif, du cannabis aux Etats-Unis. D’un marché total de 15milliards$ en 2020, nous pourrions doubler pour arriver à 30milliards$ en 2024 seulement. 

source : Présentation du Q1 – Verano Holdings

Le Canada, qui a légalisé la marijuana au niveau fédéral en 2018, confirme cette tendance avec des ventes au détail mensuelles de cannabis légal passant de 57m en décembre 2018 à 147m en décembre 2019 puis 298m en décembre 2020. Aucun signe d’essoufflement des ventes de ce côté. Nul  doute que nous retrouverons cette évolution aux Etats-Unis au fur et à mesure de l’assouplissement des réglementations. 

Source :Statista.com

Au niveau mondial, selon le Global Cannabis Market, le marché (légal) du cannabis est estimé à 20,5 milliards USD en 2020 et devrait atteindre 90,4 milliards USD d’ici 2026, soit un taux de croissance annuelle de 28%. L’Europe devrait être le marché avec la croissance la plus forte sur la période considérée, en raison de la légalisation croissante du cannabis médical. (source)

Source : https://prohibitionpartners.com/

10. Risques identifiés

En 2020, seulement 3 clients représentaient environ 79,2% du chiffre d’affaires total. Cela est en amélioration par rapport à 2019, où 2 clients représentaient environ 99% des revenus, mais cela reste encore très peu diversifié. En cas de baisse importante des revenus provenant de ces clients, la situation financière de l’entreprise pourrait être affectée négativement de manière significative. Ce risque tend à diminuer fortement au vu des différents contrats signés en ce début d’année, et avec l’annonce d’un backlog de 82m à la fin du Q1. 

Par ailleurs, l’entreprise n’est toujours pas rentable et prévoit de continuer à subir des pertes à court terme. Il existe un risque que l’entreprise n’ait pas la capacité de devenir rentable à moyen terme. Ils pourraient donc être amenés à lever à nouveau du capital à des conditions qui dépendraient de conditions que nous ne maîtrisons pas (cours de l’action, taux d’intérêts, …). D’après nous, ce risque reste tout de même limité à court terme étant donné la forte trésorerie et l’absence de dette. 

Un des plus gros risques, reste bien sur une évolution de la législation autour du cannabis, aux Etats-Unis et ailleurs dans le monde. Les lois et réglementations affectant l’industrie de la marijuana à des fins médicales et pour adultes sont en constante évolution. Ces évolutions ne sont pas prévisibles, et bien qu’elles vont dans le sens du développement de l’activité d’Agrify ces derniers mois, un revirement politique fort aux Etats-Unis n’est pas à exclure et pourrait avoir des répercussions dramatiques pour l’entreprise.

11. Conclusion

Comme nous l’avons vu, Agrify compte plus de 130m$ de cash net, offrant une certaine sécurité et liberté dans le choix des options de développement. Le cash burn étant actuellement de l’ordre de 15m$ annuel, il permettrait à l’entreprise de tenir de très nombreuses années sans avoir de soucis de liquidité. Cependant, nous l’avons montré que ce cash burn n’a pas vocation à perdurer, car l’entreprise commencera à engranger des revenus SaaS à forte marge dès 2022. En 2023, les revenus SaaS pourraient même dépasser les revenus de fourniture de fermes verticales. À ce stade, Agrify reste un pari. C’est le pari que ce modèle fonctionnera, et qu’il sera sollicité par de nombreux clients. C’est également le pari que la législation envers le cannabis continuera de s’assouplir aux États-Unis et dans le reste du monde. Nous pensons que le choix de se spécialiser dans ce marché de la culture à forte marge afin d’atteindre une certaine échelle et reconnaissance est une bonne stratégie. Elle permettra, éventuellement à l’entreprise par la suite, d’utiliser sa taille et sa structure pour décliner son modèle aux cultures, beaucoup plus compétitives et moins rentables. D’après le rapport de industryARC, le marché des fermes verticales est attendu en croissance de 25% par an sur la période 2018-2023.  Agrify est donc positionné sur un double marché en pleine expansion, le marché du cannabis légal et le marché de l’agriculture verticale. 

C’est peut être cela que vient chercher Raymond Chang avec Agrify.


Note 1 : A la date de publication de l’article, nous sommes actionnaires d’Agrify Corp.

Note 2 : Cette analyse n’est en aucun cas une recommandation ou un conseil boursier. Nous présentons ici nos recherches et nous expliquons notre démarche, mais cela n’est en aucun cas une incitation à nous suivre. Cet article ne représente que notre avis personnel et ne constitue en aucun cas un conseil d’achat ou de vente. Nous vous recommandons de faire votre propre analyse.